Diffusion de la science en 2013 : espoirs et inquiétudes

Par Dimitri CHUARD, Président.
Simulation de la découverte du boson de Higgs.
Simulation de la découverte du boson de Higgs.

En ce début d’année, l’heure est traditionnellement aux bilans et aux prospectives. Le monde semble être partagé entre espoirs et inquiétudes ; j’avouerai l’être également quant à la place de la science dans la société.

Inquiétudes, tout d’abord, autour du traitement médiatique des rumeurs d’apocalypse qui ont tristement marqué l’année 2012. Alors que l’absurdité de ces fausses prophéties était évidente, et que personne n’y croyait, les médias n’ont pas hésité à leur consacrer une couverture digne des plus grands événements. Le comble a sans aucun doute été atteint avec l’afflux d’environ 250 journalistes à Bugarach, petit village de l’Aude, autour du 21 décembre. Confrontés comme prévu à l’absence d’apocalypse, au non-événement le plus total, ils ont offert le spectacle absurde et pathétique d’envoyés spéciaux muets, spectateurs du néant.

Alors, l’exhaustivité de la télévision serait-elle finalement déjà si grande qu’il soit nécessaire de recourir à des inepties pour boucler les programmes ? On pourrait le croire, si quelques jours plus tôt, France Télévisions n’avait pas annoncé la fin – bien réelle celle-là – de C’est pas sorcier. Au-delà de l’émotion suscitée par l’arrêt d’un magazine emblématique pour plusieurs générations, c’est avant tout la possible disparition de la dernière vraie émission de vulgarisation scientifique du paysage audiovisuel qui doit inquiéter(1). Comme si, non contente d’offrir un crédit immérité à des théories imbéciles, la télévision souhaitait éradiquer définitivement le moindre contenu scientifique de ses programmes, alors que la science n’a jamais été aussi présente dans nos vies, alors qu’il n’a jamais été aussi nécessaire aux citoyens de posséder une culture scientifique.

La noirceur du tableau peut inquiéter. Elle le doit même. Mais l’espoir est également de mise. Et il nous vient paradoxalement lui aussi du monde médiatique. En effet, M, le magazine du Monde, dans son édition du 22 décembre 2012, a choisi de faire du boson de Higgs la personnalité de l’année. La désormais célèbre particule élémentaire, très probablement découverte à Genève cet été, après cinquante ans de recherche, « nous a semblé être la seule chose réellement porteuse d’espoir dans ce monde si sombre, explique la rédaction. Comme une preuve que la science fait encore rêver. Et qu’elle est la source d’une des plus belles choses qui soient : la connaissance. » Ce choix éditorial nous rappelle que la science n’est pas une opinion parmi les autres, en laquelle il serait possible de croire ou non. On oublie trop souvent qu’elle peut constituer un roc sur lequel s’appuyer en ces temps d’incertitudes et de morosité. « Vivez dans la paix sereine des laboratoires et des bibliothèques » préconisait déjà Pasteur. Je ne saurais vous souhaiter meilleur dessein pour l’année qui commence.

(1) Aux dernières nouvelles, l’émission serait finalement maintenue, malgré des coupes budgétaires. L’importante mobilisation des téléspectateurs et une intervention de la ministre de la Culture n’y sont probablement pas étrangères.

One comment

  1. Adrien

    Sans vouloir lancer des roses à notre président, c’est un éditorial très inspiré et digne des plus grands penseurs de notre époque qui nous permet d’espérer alors à un avenir meilleur !
    Merci Dimitri !

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